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Tératozoospermie : morphologie des spermatozoïdes et fertilité

- Que signifie tératozoospermie ?
- Une proportion réduite de spermatozoïdes classés de forme normale sur un frottis coloré, à interpréter après confirmation. En savoir plus
- Que signifie 4 % de formes normales ?
- Un repère statistique OMS selon des critères stricts ; les autres cellules ne sont pas automatiquement incapables de féconder. En savoir plus
- Une grossesse naturelle reste-t-elle possible ?
- Oui dans certaines situations, sans garantie. Le pourcentage seul ne permet pas de prévoir la fertilité du couple. En savoir plus
- Quand explorer les gènes ?
- Surtout devant des anomalies répétées et très homogènes, comme des têtes rondes sans acrosome ou de grandes têtes multiflagellées. En savoir plus
1. Définition : une description de la forme
La tératozoospermie désigne une proportion réduite de spermatozoïdes classés de forme normale lors de l'examen morphologique du sperme. Le terme « tératospermie » est parfois employé comme synonyme. Cette mesure fait partie du spermocytogramme, réalisé sur un frottis coloré avec des critères définis. Elle ne décrit ni l'aspect du sperme à l'œil nu ni, à elle seule, la capacité d'un homme à concevoir.
Une cellule peut être classée atypique pour une irrégularité de la tête, de la pièce intermédiaire ou du flagelle. Avec les critères stricts, une anomalie d'un seul élément suffit à ne pas retenir la cellule parmi les formes normales. Le résultat résume donc une lecture exigeante d'un échantillon ; il n'est pas un inventaire des cellules capables ou incapables de féconder.
Le mot peut inquiéter parce qu'il évoque une malformation. Il s'applique ici à l'apparence des spermatozoïdes observés, pas à celle d'un futur enfant. Le pourcentage n'est ni un risque de malformation fœtale ni une mesure du nombre de cellules porteuses d'une maladie génétique. Ces questions réclament d'autres données, surtout lorsqu'un phénotype très particulier est retrouvé.
La revue d'Atmoko et collègues (2024) souligne la diversité des situations regroupées sous ce terme. Une anomalie isolée avec des formes variées se distingue d'une population presque entièrement composée de têtes rondes sans acrosome ou de grandes têtes multiflagellées. Le même pourcentage peut ainsi recouvrir des réalités cliniques très différentes.
Le dossier Spermogramme présente les autres paramètres et le déroulement de l’examen.
2. Tête, acrosome, pièce intermédiaire et flagelle
La tête contient le noyau et porte l'acrosome, une structure située à son pôle antérieur qui intervient dans les interactions précédant la fécondation. Sa forme habituelle est ovale et aplatie. La pièce intermédiaire assure la jonction avec le flagelle et comporte notamment une gaine mitochondriale. Le flagelle participe au déplacement de la cellule. La lecture morphologique examine ces éléments ensemble.
Sur un frottis, les dimensions, les contours, l'organisation de l'acrosome, les rapports entre la tête et la pièce intermédiaire ainsi que les particularités du flagelle sont appréciés selon la méthode du laboratoire. Une cellule à tête effilée, irrégulière ou trop grande peut être classée atypique, comme une cellule présentant un coude marqué ou un flagelle court, double ou enroulé.
Ces catégories ne donnent pas une cause pour chaque cellule. Des défauts variés peuvent apparaître au cours de la production et de la maturation spermatiques ; la préparation de la lame influence aussi ce qui est visible. Une planche illustrée aide à reconnaître des familles d'aspects, mais ne remplace pas une lecture standardisée. Les dessins du dossier ne sont pas des photographies de prélèvements de patients.

3. Le repère OMS de 4 % : ce qu'il signifie
La sixième édition du manuel OMS (2021) retient 4 % de formes normales comme limite inférieure de référence selon les critères stricts. Les données actualisées de Campbell et collègues (2021) proviennent d'hommes dont les partenaires avaient conçu en un an au plus. Ce repère correspond au cinquième centile de cette distribution : une partie des hommes de référence avaient donc eux-mêmes un résultat inférieur.
Le chiffre n'a pas été conçu comme une frontière séparant les hommes fertiles des hommes infertiles. Il ne signifie pas non plus « 4 % de chances de grossesse ». Dans les recommandations EAU 2025, aucun paramètre du spermogramme pris isolément n'est diagnostique d'infertilité. La concentration, la mobilité, l'histoire du couple et les facteurs féminins sont indispensables à l'interprétation.
Un résultat de 3 % plutôt que 4 % ne transforme pas soudainement un prélèvement fécondant en prélèvement inutilisable. La précision de l'échantillonnage et la variabilité de la lecture comptent lorsque les chiffres sont proches. À l'inverse, un résultat au-dessus de 4 % n'écarte pas une difficulté de conception. Le compte rendu est une pièce du bilan, non sa conclusion.
Les critères anciens ou d'autres classifications morphologiques peuvent conduire à des pourcentages différents. Ils ne se convertissent pas par une règle simple. Avant de comparer deux examens, il faut vérifier la méthode et le référentiel employés. Une définition habituelle en dessous de 4 % ne doit pas non plus être confondue avec les seuils choisis pour constituer les groupes d'une étude.
4. Comment le laboratoire établit le résultat
La morphologie se lit sur une préparation fixée et colorée, à un grossissement adapté. Elle se distingue de la mobilité, examinée sur des cellules vivantes dans d'autres conditions. Le laboratoire évalue une population de spermatozoïdes, pas une seule cellule remarquée au hasard. Il utilise une coloration, des critères et un contrôle qualité pour rendre la lecture aussi reproductible que possible.
Le compte rendu peut préciser le pourcentage de formes normales et la répartition de certains défauts. Une même cellule peut cumuler plusieurs anomalies : les catégories détaillées ne s'additionnent donc pas nécessairement comme des groupes exclusifs. Certains indices morphologiques existent, mais ils ne se substituent ni au contexte clinique ni à la description des anomalies dominantes.
Baker et collègues (2022) ont documenté une mauvaise reproductibilité du pourcentage de formes normales entre laboratoires dans une étude multicentrique utilisant les critères stricts de la cinquième édition OMS. Ce travail ne prouve pas que tous les laboratoires ou tous les protocoles OMS 2021 se valent ; il montre pourquoi de petites différences doivent être interprétées avec prudence.
En présence d'une anomalie très homogène, la question devient plus précise que celle du pourcentage : les cellules ont-elles presque toutes une tête ronde sans acrosome, ou une grande tête avec plusieurs flagelles ? Une expertise andrologique ou cytologique peut alors être utile. La description du phénotype oriente davantage la suite qu'une étiquette de sévérité non standardisée.

5. Confirmer sans multiplier les examens sans objectif
Un premier examen anormal appelle généralement une confirmation. L'EAU 2025 recommande au moins deux analyses consécutives lorsque le premier spermogramme est anormal. La variabilité biologique, les conditions du recueil et la lecture du frottis peuvent contribuer aux différences. Si possible, des méthodes comparables facilitent l'interprétation dans le temps.
Une fièvre récente, un traitement, une exposition ou un recueil incomplet doivent être signalés. L'abstinence et le transport suivent les consignes du laboratoire ; le manuel OMS prévoit habituellement deux à sept jours d'abstinence. Il ne s'agit pas de choisir volontairement une durée inhabituelle pour obtenir un chiffre plus rassurant, mais de documenter des conditions reproductibles.
Le calendrier du contrôle dépend de la question. Après une fièvre ou une intervention susceptible d'agir sur la production des cellules, quelques mois peuvent être nécessaires pour apprécier une évolution. Mais attendre automatiquement trois mois pour tout résultat n'est pas une règle universelle. Une anomalie monomorphe, d'autres paramètres très altérés ou le temps reproductif du couple peuvent justifier une orientation plus rapide.
6. Tératozoospermie isolée, polymorphe ou associée à une OAT
Une tératozoospermie est dite isolée lorsque les autres paramètres principaux, notamment la concentration et la mobilité, sont préservés selon le référentiel utilisé. Dans une OAT, la morphologie basse est associée à une concentration réduite et à une mobilité diminuée. Le bilan ne pose alors pas la même question que devant un faible pourcentage de formes normales seul.
Le qualificatif polymorphe décrit une variété d'aspects atypiques. Monomorphe indique qu'un défaut caractéristique domine largement la population. Ces mots sont importants : certaines formes monomorphes rares ont des causes génétiques identifiables et des conséquences reproductives spécifiques. Elles ne doivent pas être assimilées aux irrégularités diverses souvent rencontrées dans les frottis.
Les termes « légère », « modérée » ou « sévère » peuvent être utilisés dans certains comptes rendus ou publications, mais ne constituent pas une classification OMS universelle de fertilité. Un résultat à 0 % signifie qu'aucune cellule de l'échantillon lu n'a rempli tous les critères. Il ne démontre pas l'absence absolue de tout spermatozoïde fonctionnel dans l'éjaculat.
Les dossiers Oligozoospermie et OAT et Asthénozoospermie développent respectivement la concentration et la mobilité.

7. Causes possibles et limites des associations
La morphologie résulte d'étapes complexes de production et de maturation. Des atteintes testiculaires, une varicocèle, certaines expositions ou des épisodes fébriles peuvent s'accompagner d'anomalies spermatiques. Dans les formes qualitatives caractéristiques, un défaut génétique de formation de la tête ou du flagelle peut être en cause. Souvent, le bilan ne retrouve pas d'explication unique.
Le tabagisme, des situations métaboliques et des facteurs environnementaux sont associés à des altérations du sperme dans certaines études. Une association de groupe ne suffit pas à attribuer le résultat d'un individu à une habitude ou à une exposition. Elle ne permet pas davantage de promettre qu'un changement précis fera passer les formes normales de 2 % à 8 %.
La varicocèle clinique peut être discutée lorsqu'elle est palpable chez un homme d'un couple infertile avec un spermogramme anormal. La pertinence d'une intervention dépend de l'ensemble du bilan, notamment des facteurs féminins et du délai disponible. Une anomalie morphologique isolée ne conduit pas automatiquement à une chirurgie ; une image échographique ne constitue pas à elle seule une indication.
Le terme idiopathique signifie qu'aucune cause suffisamment établie n'a été identifiée avec les examens adaptés. Il n'autorise pas à remplacer cette incertitude par un diagnostic automatique de stress oxydatif. Une hypothèse biologique plausible et une cause démontrée chez une personne sont deux niveaux de connaissance différents.
Le dossier Varicocèle détaille le reflux veineux et les indications de prise en charge.
8. Un bilan guidé par l'histoire et l'examen clinique
La consultation reprend la durée du projet de grossesse, les paternités antérieures, les résultats disponibles et leurs conditions de recueil. Elle recherche les antécédents testiculaires, les infections, les interventions, les traitements, les expositions professionnelles et l'histoire familiale. L'examen clinique apporte des informations sur les testicules et une éventuelle varicocèle.
Les examens complémentaires répondent à une suspicion. Un bilan hormonal est notamment pertinent devant une production spermatique diminuée ou des signes endocriniens. Un caryotype ou une recherche de microdélétions du chromosome Y répondent à des indications liées surtout à l'azoospermie ou à certaines oligozoospermies importantes ; une morphologie légèrement basse isolée n'impose pas ces examens à tous.
Lorsque des têtes rondes sans acrosome ou de grandes têtes multiflagellées dominent, une analyse génétique ciblée peut être discutée après confirmation. Le conseil génétique accompagne l'indication et l'explication des résultats. Un variant incertain n'est pas une preuve de causalité. Le bilan de la partenaire se déroule en parallèle : sa situation change le calendrier et les choix reproductifs.
Le pilier Infertilité masculine replace ces examens dans le parcours du couple.
9. Globozoospermie : têtes rondes et défaut d'acrosome
La globozoospermie est une anomalie rare caractérisée par des spermatozoïdes à tête ronde dépourvue d'acrosome, notamment dans sa forme totale. Elle affecte une structure essentielle aux étapes précédant la fécondation et peut s'accompagner d'un défaut d'activation ovocytaire. Une cellule arrondie occasionnelle sur un frottis ne suffit pas à poser ce diagnostic.
Les travaux de Koscinski et collègues et de Harbuz et collègues (2011) ont identifié des délétions de DPY19L2 comme une cause majeure. Ce gène n'explique pas toutes les situations ; d'autres acteurs sont décrits dans la revue de Coutton et collègues (2015). Les proportions de mutations rapportées dans des cohortes sélectionnées ne se transposent pas à toutes les tératozoospermies.
L'ICSI peut être discutée en équipe spécialisée. Dans certains cas, une activation ovocytaire assistée est envisagée, notamment devant un défaut d'activation. La revue de Crafa et collègues (2023) rassemble surtout des cas et de petites séries : les résultats ne permettent ni une garantie de naissance ni une généralisation de cette technique à toute morphologie basse.
La transmission et les risques pour la descendance dépendent du diagnostic établi et, selon les situations, du statut génétique de la partenaire. Une transmission récessive ne signifie pas automatiquement un risque de 25 % pour tout couple. Le conseil génétique fournit une explication individualisée avant une décision d'AMP.

10. Macrozoospermie : une situation distincte
La macrozoospermie typique associe des spermatozoïdes à grandes têtes et souvent plusieurs flagelles. Certaines formes sont liées à des variants pathogènes des deux copies du gène AURKC. Dieterich et collègues (2007) ont établi le lien avec des cellules polyploïdes : le contenu chromosomique constitue alors une question centrale, et pas seulement l'apparence.
Ben Khelifa et collègues (2011) ont décrit d'autres variants d'AURKC et souligné les implications du déficit pour la spermatogenèse et le diagnostic. La recherche ne se réduit donc pas à un seul variant récurrent. Une grande tête isolée parmi des anomalies diverses ne permet cependant pas de conclure à cette maladie.
Dans une forme typique avec déficit AURKC confirmé, l'ICSI ne corrige pas la polyploïdie. Le pronostic peut être très défavorable, et les options doivent être discutées dans une équipe spécialisée avec conseil génétique. Présenter l'injection d'une cellule comme un moyen universel de contourner toute anomalie morphologique serait particulièrement inexact dans cette situation.

11. Quand l'anomalie concerne surtout le flagelle
Des flagelles courts, absents, coudés ou enroulés peuvent coexister. Lorsqu'ils forment un ensemble caractéristique avec une mobilité très diminuée, le phénotype MMAF, pour anomalies morphologiques multiples du flagelle, peut être évoqué. Les acteurs génétiques sont divers ; la revue de Coutton et collègues (2015) inclut notamment DNAH1 parmi les causes décrites.
La forme et le mouvement se recoupent sans être la même mesure. Un flagelle d'apparence atypique peut expliquer une difficulté de déplacement, mais le pourcentage de formes normales ne mesure pas une vitesse. De même, une cellule vivante peut être immobile. L'évaluation de la vitalité et l'expertise morphologique sont importantes dans les tableaux marqués.
Les investigations se décident sur le phénotype, la persistance et les antécédents, pas sur une seule image. En AMP, la sélection de spermatozoïdes utilisables répond à des procédures propres au laboratoire. Elle ne reconstruit pas le flagelle et ne supprime pas un éventuel risque de transmission génétique.
Pour les liens entre mouvement, vitalité et anomalies du flagelle, voir Asthénozoospermie.
12. Morphologie et ADN : deux informations différentes
Une anomalie de forme peut être associée à des perturbations de la chromatine ou à une fragmentation de l'ADN dans certaines populations. Ce lien est discuté dans la revue d'Atmoko et collègues (2024). Il ne permet pas de lire l'intégrité de l'ADN sur la seule tête d'un spermatozoïde ni de déduire un résultat individuel à partir du pourcentage de formes normales.
Un spermatozoïde d'apparence normale n'est pas nécessairement dépourvu de toute anomalie moléculaire, et une cellule atypique n'est pas automatiquement porteuse d'une anomalie chromosomique. La fragmentation de l'ADN, la ploïdie et un variant génétique concernent des objets différents ; les examens qui les explorent ne sont pas interchangeables.
Une étude de fragmentation se discute dans des contextes ciblés, plutôt qu'en réponse systématique à une morphologie basse. Elle doit apporter une information susceptible d'aider une décision. L'apparence des cellules ne permet pas non plus un calcul du risque de malformation de l'enfant ; les syndromes génétiques rares appellent leur propre démarche de conseil.
Le dossier Fragmentation de l’ADN spermatique présente les méthodes et leurs indications ciblées.
13. Conception naturelle : possible, sans pronostic simpliste
Une tératozoospermie isolée ne signifie pas que la conception naturelle soit impossible. Dans la cohorte prospective LIFE de Buck Louis et collègues (2014), certains paramètres morphologiques étaient associés au délai de conception dans des modèles individuels, mais ces associations étaient atténuées lorsque plusieurs paramètres étaient étudiés ensemble. La morphologie n'est donc ni dépourvue de tout intérêt ni suffisante pour prédire une grossesse.
Kovac et collègues (2017) ont suivi une petite cohorte rétrospective de 24 hommes chez lesquels aucune forme normale n'avait été observée. Sept avaient obtenu une première grossesse sans AMP. Ce résultat démontre une possibilité dans la population étudiée ; il ne constitue pas un taux de réussite applicable à toute personne présentant 0 %.
Les facteurs féminins, le nombre de spermatozoïdes mobiles, la durée du projet et les autres anomalies changent le pronostic et le temps acceptable d'observation. Un couple n'a pas à attendre indéfiniment au motif qu'une conception reste théoriquement possible. L'information utile est celle qui permet de choisir entre poursuite du projet naturel, prise en charge d'une cause et AMP, sans promesse chiffrée issue d'un seul examen.
14. Insémination, FIV et ICSI : des preuves à contextualiser
Pour l'insémination intra-utérine, la méta-analyse de Kohn et collègues (2018) a rassemblé 20 études observationnelles et plus de 41 000 cycles. Elle ne soutient pas une exclusion de l'insémination sur la seule morphologie dans les populations étudiées. Ces données concernaient notamment des nombres moyens de spermatozoïdes mobiles relativement préservés ; elles ne s'appliquent pas sans réserve à une OAT sévère.
Les études récentes ne sont pas toutes négatives. Sayegh et collègues (2024) n'ont pas retrouvé de différence statistiquement significative de grossesse clinique dans leur série, avec une précision limitée pour les groupes sévères. Pavlovic et collègues (2024) ont observé une association statistique avec les naissances vivantes dans une grande cohorte, mais des écarts absolus modestes. L'absence de différence significative ne prouve pas l'équivalence entre groupes.
Pour la FIV avec ou sans ICSI, Hotaling et collègues (2011) n'ont pas mis en évidence de diminution statistiquement significative de grossesse liée à une tératozoospermie isolée dans leur méta-analyse. Seules quatre études avaient été retenues. Keegan et collègues (2007) n'avaient pas observé de bénéfice de l'ICSI dans leur groupe isolé, défini selon un seuil historique et des critères de sélection spécifiques. Ces limites empêchent une règle absolue.
L'ICSI injecte un spermatozoïde dans un ovocyte et peut contourner certains obstacles de fécondation. Elle n'est pas obligatoire pour toute valeur en dessous de 4 %, ne corrige pas un diagnostic génétique et ne garantit pas une naissance. Les antécédents de fécondation, les paramètres combinés, les facteurs féminins et les formes monomorphes orientent la décision. Il faut distinguer taux de fécondation, grossesse clinique et naissance vivante lorsque des résultats sont présentés.

15. Traitements ciblés et antioxydants : ne pas confondre hypothèse et bénéfice
La première démarche consiste à rechercher une cause dont la prise en charge est utile. Une exposition évitable, une affection documentée, un médicament perturbateur ou une varicocèle clinique demandent des discussions différentes. Un traitement nécessaire ne doit pas être interrompu sans le prescripteur. Des conseils de santé peuvent être proposés sans culpabiliser et sans promettre une normalisation du compte rendu.
Aucun antioxydant, dose ou mélange universel n'a démontré qu'il restaurait la fertilité de tous les hommes tératozoospermiques. La revue Cochrane de de Ligny et collègues (2022) rapporte une certitude très faible pour certains résultats reproductifs ; le bénéfice n'était plus établi après exclusion des études à haut risque de biais. Les essais n'autorisent pas une extrapolation à chaque supplément ni spécifiquement à toute tératozoospermie isolée.
L'essai randomisé MOXI de Steiner et collègues (2020) n'a pas démontré d'amélioration pertinente de la morphologie, de la mobilité ou de la fragmentation avec le mélange étudié, ni un avantage significatif sur les naissances vivantes. Ses limites de puissance ne prouvent pas que tout supplément est toujours inefficace ; elles ne fournissent pas non plus un argument pour une prescription systématique.
Les recommandations EAU 2025 déconseillent le traitement systématique de l'infertilité idiopathique par antioxydants ; l'AUA/ASRM souligne l'utilité clinique incertaine des suppléments. Une hausse du pourcentage de formes normales n'est pas équivalente à une augmentation des naissances. Les effets indésirables, les interactions, le coût et le risque de retarder une prise en charge adaptée entrent dans la discussion.
16. Suivre une situation, pas seulement un chiffre
Le contrôle doit répondre à une question précise : confirmer une anomalie, apprécier la récupération après une fièvre, suivre une intervention ou préparer une tentative d'AMP. Une variation de quelques points ne prouve pas à elle seule une amélioration biologique. Les conditions d'examen et les autres paramètres doivent rester visibles dans l'interprétation.
Une normalisation du pourcentage ne garantit pas une conception ; sa persistance ne prédit pas un échec certain. Lorsque le temps reproductif est limité, le suivi andrologique et la discussion d'AMP peuvent avancer ensemble. L'objectif n'est pas de différer toutes les décisions jusqu'à l'obtention d'un compte rendu parfait.
Un spermocytogramme n'évalue ni la virilité ni une responsabilité personnelle. L'explication des résultats, la possibilité de poser des questions et un soutien si nécessaire font partie du soin. Ce dossier apporte des repères documentaires ; l'interprétation individuelle nécessite un professionnel disposant du bilan du couple.
17. Questions fréquentes
18. Références
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- [7]Buck Louis GM, Sundaram R, Schisterman EF, Sweeney A, Lynch CD, Kim S, Maisog JM, Gore-Langton R, Eisenberg ML, Chen Z. (2014). Semen quality and time to pregnancy: the Longitudinal Investigation of Fertility and the Environment Study. Fertility and sterility. PMID : 24239161
- [8]Kovac JR, Smith RP, Cajipe M, Lamb DJ, Lipshultz LI. (2017). Men with a complete absence of normal sperm morphology exhibit high rates of success without assisted reproduction. Asian journal of andrology. PMID : 27751992
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- [21]Steiner AZ, Hansen KR, Barnhart KT, Cedars MI, Legro RS, Diamond MP, Krawetz SA, Usadi R, Baker VL, Coward RM, Huang H, Wild R, Masson P, Smith JF, Santoro N, Eisenberg E, Zhang H, Reproductive Medicine Network. (2020). The effect of antioxidants on male factor infertility: the Males, Antioxidants, and Infertility (MOXI) randomized clinical trial. Fertility and sterility. PMID : 32111479
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AvancéSources institutionnelles
Pour approfondir
Ces ressources institutionnelles permettent d'approfondir le sujet auprès d'organismes scientifiques ou médicaux faisant autorité.
- OMSOrganisation mondiale de la santéManuel d’analyse du sperme, 6e édition (2021)Morphologie, critères stricts et contrôle qualité.
- EAUEuropean Association of UrologyMale infertility — recommandations européennesBilan ciblé et interprétation dans le contexte du couple.
- AUAAmerican Urological Association / ASRMDiagnosis and Treatment of Infertility in MenRecommandations, amendement 2024, limites des paramètres isolés.
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